Textes liturgiques (année C) : Za 8, 20-23 ;Ps 86 (87) ; Lc 9, 51-56

« Celui qui se fera petit comme cet enfant, c’est celui-là qui est le plus grand »

Sur ce thème de l’enfant / de l’enfance, l’évangile du même Matthieu précise au ch. 19 que « le Royaume des Cieux est à ceux qui leur ressemble ». Ce même thème est repris et enrichi par les autres évangélistes (Mc 9, 30-37). Luc, quant à lui, synthétise toutes les approches ; ainsi, dira-t-il : «  Celui qui accueille en mon nom cet enfant, m’accueille, moi. Et celui qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé. En effet, le plus petit d’entre vous tous, c’est celui-là qui est grand » (Lc 9, 46-50).

En tous cas, qu’un tel passage d’évangile, dans lequel Jésus donne l’enfant en exemple pour notre vie spirituelle, ait été choisi pour célébrer la fête de sainte Thérèse de l’EJ est des plus heureux. La parole du Christ est claire : le plus grand dans le Royaume, c’est le plus petit. Dans un langage authentiquement chrétien, le plus petit, c’est, tout simplement, le plus humble. Être humble nous "connecte" immédiatement à la Vérité : nous met dans une belle justesse de relation autant à l’égard de Dieu que du prochain. C’est très simplifiant (et reposant) pour vivre dans la charité, l’Amitié, l’Amour. Certes, «  l’Abandon » bien compris au Dieu Père (que cela implique), est moins facile à réaliser que la tentation inverse : l’indépendance orgueilleuse de l’homme se croyant tout puissant, pour qui l’autonomie, pourtant légitime, devient alors idolâtrique et dégénère en individualisme (aux antipodes du partage, de l’Amour et de la vie fraternelle et communautaire, recommandée par le Christ). (Cf. définition de l’humilité par saint Jean Cassien - 360-435 -, [1] ).

Oui, laissons Jésus nous instruire avec cette image de « l’enfant ». Cette image de l’Enfant est centrale chez Thérèse, d’autant plus qu’elle affiche ouvertement son attachement à cet Enfant pas comme les autres, (l’Enfant Jésus) dans son nom de religieuse : C’est en quelque sorte son « nom nouveau » (Ap 2, 17). Cet Enfant, devenu adulte, prendra sur lui nos péchés ; et « lui qui n’avait pas péché », brille cependant dès sa Naissance comme Sauveur du monde. Ne dira-t-elle pas, afin de sensibiliser certaines de ses sœurs à l’Amour miséricordieux du Seigneur : « Je ne puis craindre un Dieu qui pour moi s’est fait tout petit (est « descendu », s’est "abaissé", « s’est penché ») ; je l’aime parce qu’Il est Amour et Miséricorde ».

En tous cas, son nom de religieuse (Thérèse de l’Enfant-Jésus) indique clairement la direction spirituelle, le chemin qu’elle a privilégié pour marcher à la suite du Christ dans l’humilité et la confiance à la manière d’un petit enfant qui se dépose entièrement dans les mains du Père, qui se laisse recevoir et aimer par Lui dans un abandon total (tout à l’image d’un enfant envers ses parents).

Approprions-nous cet attachement de Thérèse à l’Enfant Jésus… Mais que représente pour elle cet Enfant de la Crèche ? Il s’agit du Seigneur Jésus (d’origine divine), dans tout le déploiement de son être divino-humain durant le temps de son Incarnation :
- De sa Naissance à sa mort réelle, … mais particulière : de Crucifié (Croix) / Ressuscité (Joie) ;
- Comme elle, adopter Jésus dans tout son itinéraire : de Noël à Pâques (via le Vendredi Saint) ;
- Ou encore (autre façon de le dire, cf. Edith Stein) : accueillir l’EJ « de la Crèche à la Croix ».

Et en effet, après la mort douloureuse de son papa Louis, identifié au Christ / « Serviteur souffrant », elle ajoutera à « son nom nouveau », désormais complet : « de la Sainte face ». En unifiant « Crèche et Croix », Thérèse, saisie par l’Esprit, a renoué avec la pensée des Pères de l’Église pour qui cette unité, ce caractère inséparable de Noël et de Pâques était évidente. Quelques décennies plus tard la poète Marie NOËL retrouvait à son tour ce lien Crèche / Croix (cf. son chant-poème : « Noël de l’Avent »).

Cette expérience familiale qui la fait passer par le creuset de la souffrance donne "une extension" à son nom de religieuse, à son identité spirituelle qui s’affine, tout à l’image d’une vie humaine et spirituelle qui s’approfondit au fil des événement vécus. Épreuve familiale qui lui fait toucher du doigt ce que nous appelons le Mystère pascal inauguré par le Christ (victorieux du mal et de la mort) et que tout disciple, "baptisé dans le Christ" est appelé à vivre. Désormais, la plénitude de son Nom suppose la lumière de Noël autant que le passage par la souffrance, l’épreuve, la mort du Crucifié… jusqu’à la Victoire de sa Résurrection… En s’identifiant au Christ, c’est en fait toute la réalité du baptême que Thérèse a fait sienne, a accueillie, cultivée en portant ce nom : « Thérèse de l’Enfant-Jésus de la Sainte Face  ». Là s’origine sa spiritualité de "l’enfance spirituelle" et de l’authentique Confiance" : la caractéristique de l’enfant, étant de faire confiance.

Nous savons combien la fête de Noël était chère à Thérèse depuis sa conversion au cours de cette sainte "Nuit de Lumière". Dans son 6e sermon pour Noël, le saint pape et Docteur de l’Eglise, saint Léon le Grand (5e s.), à partir de l’événement de Nativité, nous plonge et nous élance dans le mouvement, l’unité, la dynamique et la cohérence de la vie chrétienne de Noël à Pâques : "La majesté du Fils de Dieu (son origine divine, auprès du Père) n’avait pas dédaigné l’état d’enfance. Mais l’enfant a grandi avec l’âge jusqu’à la stature de l’homme parfait… jusqu’au triomphe de sa passion et de sa résurrection".

Son homélie est des plus éloquente pour montrer la trajectoire logique du Seigneur Jésus de Noël jusqu’à Pâques et démontrer avec une évidence des plus lumineuses que ce qui advient au Seigneur dès la naissance, survient de même pour nous : "… lorsque nous adorons la naissance de notre Sauveur, il se trouve que nous célébrons notre propre origine. En effet, dit-il, lorsque le Christ vient au monde, le peuple chrétien commence : l’anniversaire de la Tête, c’est l’anniversaire du Corps… Tout croyant, de n’importe quelle partie du monde, qui renaît dans le Christ, … devient un homme nouveau par sa seconde naissance. Il n’appartient plus à la descendance de son père selon la chair, mais à la race du Sauveur, car celui-ci est devenu Fils de l’homme pour que nous puissions être fils (et filles) de Dieu".

En cette fête de Thérèse, qui fut prétexte pour méditer sur son nom de religieuse, et par là-même sur l’enfant / l’Enfant Jésus, je propose un très simple "exercice spirituel", comme une façon de nous mettre à son école, de "sa voie d’enfance spirtuelle", "toute de confiance et d’amour" :
1- Certes, personne n’ignore sa date de naissance et le prénom reçu ce jour-là.
2- Par contre, la date anniversaire de notre baptême, revêt-elle autant d’importance à nos yeux ? Ce jour est pourtant celui de notre Naissance à la vie divine, faisant de nous des enfants de Dieu. Sans toutefois mettre cet événement en concurrence avec celui de notre naissance en ce monde, lui faisons-nous une place d’honneur dans notre vie ? Et j’ose ajouter
3- Même si nous ne sommes pas comme Thérèse des religieux, peut-être est-ce le jour de nous rendre attentifs à un aspect particulier de "notre profil" humain, psychologique, spirituel, l’équivalent de "notre nom nouveau"… , en quelque sorte, l’être unique que nous sommes au regard de Dieu  ! La fête de Thérèse est certainement occasion de laisser retentir en nous cette invitation.

Prière : Thérèse, ton humilité, ta simplicité ta confiance ont séduit notre Père du ciel. Apprends-nous à nous tenir nous aussi sous le regard de Dieu comme de petits enfants, à l’image de Jésus de Nazareth, ouvrant nos mains et nos cœurs vers notre Dieu avec une infinie confiance, car il est notre Père des cieux. Nous pourrons alors reconnaître le visage du Christ en chacun de nos frères et sœurs, et nous mettre généreusement à leur service. Sainte Thérèse de l’EJ, de la Sainte Face, prie pour nous ! AMEN

fr. Gérard-Marie ,ocd - (Couvent d’Avon)

[1« Apprenez de moi ceci : que je suis doux et humble de cœur » (Mt 11,28-29). Voilà, en effet, ce qu’il est possible à tous d’apprendre et de pratiquer. Mais de faire des signes et des miracles, cela n’est pas toujours nécessaire, ni avantageux à tous, et n’est pas accordé non plus à tous. C’est donc l’humilité qui est la maîtresse de toutes les vertus, le fondement inébranlable de l’édifice céleste, le don propre et magnifique du Sauveur. Celui qui la possède pourra faire, sans péril d’élèvement, tous les miracles que le Christ a opérés, parce qu’il cherche à imiter le doux Seigneur, non dans la sublimité de ses prodiges, mais dans la vertu de patience et d’humilité ». Saint Jean Cassien (v. 360-435) fondateur de monastère à Marseille. Conférences n° 15, 6-7 (trad. SC 54, p. 216 rev.)