Textes liturgiques (année A) : 2 R 4, 8-11.14-16a ; Ps 88 (89) ; Rm 6, 3-4.8-11 ; Mt 10, 37-42

Je ne sais pas ce que pourrait faire un frère carme si vous l’accueillez chez vous comme pour le prophète Elisée (dont il est le disciple) qui permit à cette femme d’avoir un enfant mais vous l’avez bien entendu et compris, les lectures de ce jour nous invitent à réfléchir au thème de l’hospitalité, de l’accueil.

On connait l’hospitalité monastique à travers notamment les monastères de la grande famille bénédictine qui se font un devoir d’accueillir celui qui passe et demande à être hébergé. Aujourd’hui, le débat semble s’être focalisé sur les migrants qui viennent à la porte de l’Europe au risque de leurs vies dans des conditions souvent dramatiques que ce soit sur des bateaux surchargés ou à l’arrière de camions avec des passeurs sans scrupules. Ce n’est certainement pas à cette homélie de résoudre cette question avec le flot de personnes qui n’est pas prêt de se tarir mais plutôt de nous interroger avec le texte évangélique sur la conversion que le Christ nous demande pour être véritablement dans une attitude fondamentale d’accueil. Nous aurons alors à réfléchir personnellement pour mettre cela en œuvre dans le quotidien de nos vies avec les possibilités qui sont les nôtres, il s’agit ici d’être inventif et de ne pas baisser trop vite les bras en disant que nous ne pouvons rien faire car nous sommes trop vieux, trop jeunes, trop occupés ou je ne sais quoi encore !

Il y a toute une progression dans l’Évangile de ce dimanche, reprenons-le pas à pas : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi », c’est-à-dire, il n’est pas digne d’être mon disciple, tout simplement, c’est cash : il n’est pas digne d’être chrétien ! « Celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi », c’est-à-dire il ne peut pas vivre selon l’Évangile que je suis venu annoncer. Lorsque nous entendons cela, il nous revient toujours d’une manière incessante cette espèce d’opposition binaire, comme si nous avions à choisir entre Dieu et les hommes, comme si la seule façon de choisir Dieu était le fait d’être prêtre ou la consécration dans la vie religieuse, comme si se marier c’était un peu faire une croix sur Dieu et le mettre alors en second. Ce que nous demande Jésus, c’est de considérer la beauté et la grandeur de cet amour pour nos proches et ainsi de comprendre combien lui aussi doit être digne du même amour, de comprendre que nous devons être capables vis-à-vis de Jésus de la même capacité d’amour. Ce n’est donc pas exclusif, ce n’est donc pas de la concurrence, un amour vrai se donne et ne se divise pas, bien au contraire, il se multiplie sans cesse.

« Celui qui ne prend pas sa Croix et ne me suit pas, n’est pas digne de moi ». Nous sommes au cœur du message chrétien, au cœur du mystère du salut. Prendre sa Croix, c’est effectivement accepter quelque chose que nous n’avons pas choisi, mais non pas pour la laisser nous dominer, mais au contraire pour la prendre à bras le corps et la transformer en Vie, en Vie de Dieu. Si donc nous prenons notre Croix avec le Christ, faisons-le alors par amour pour lui et par amour pour tous les hommes. Ainsi, la Croix n’est plus le dernier mot, elle débouche dans la Résurrection. Vous voyez combien cette invitation est en fait source d’espérance et non de tristesse, cet Évangile est bien sûr exigeant mais il nous tire vers le haut, il vient nous faire grandir et nous aider dans ce chemin de croissance spirituelle. Et nous arrivons à l’accueil à l’image du Christ : « Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé. » Saint Matthieu nous invite à resituer les choses. Quelle est la priorité dans notre vie ? Bien sûr, la réponse c’est Dieu, il doit être la priorité des priorités dans la vie du chrétien. C’est Dieu qui donne sens à toutes nos activités, il donne la force, l’énergie, il redonne force à l’homme dans toute ses activités. Nous voyons aujourd’hui ici comme ailleurs, les gens qui sont préoccupés – malheureusement la pandémie n’a pas arrangé les choses – et cela, parfois même aux dépens de leur propre vie ou de la vie de leurs frères. On veut engranger le maximum de richesses la plupart du temps matérielles, de sécurité, plus on a, mieux on est, mieux on ira.

« Qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé ». C’est pour dire que la chose la plus importante, c’est Dieu d’abord. A chacun et à chacune d’entre nous de bien réévaluer sa relation avec Dieu. Qu’est-ce qui occupe mon cœur en premier le matin quand je me lève ? Est-ce mon agenda de toute la journée ? Ou bien est-ce d’abord ma relation avec Dieu, celui qui me donne la force pour exécuter le programme, ce programme de la journée ? Voilà donc en quoi consiste l’accueil : découvrir Dieu en nous-mêmes, Dieu en Dieu, et ainsi Dieu en l’autre. Amen.

Fr. Christophe-Marie, ocd - (couvent d’Avon)