Textes liturgiques (année A) : Ap 7, 2-4.9-14 ; Ps 23 (24) ; 1 Jn 3, 1-3 ; Mt 5, 1-12a

En un temps où le terrorisme s’ajoute à la crise sanitaire et à ses conséquences économiques et sociales, la Toussaint nous appelle, frères et sœurs, à une résurrection du regard, à une transformation de notre perception de la réalité. La Parole de Dieu nous invite à cette conversion du regard en dévoilant une vision du monde et de l’histoire illuminée par la foi en la victoire de l’amour. « Moi, Jean j’ai vu … » déclare le voyant de l’Apocalypse lorsqu’il voit chaque croyant marqué au front du sceau du Dieu vivant. « Après cela j’ai vu … » poursuit le voyant de l’Apocalypse en déplaçant son regard de la terre vers le ciel où apparaît la multitude de celles et ceux qui ont lavé leur robe dans le sang de l’Agneau. Voilà bien une image qui cumule les paradoxes : un sang qui lave et un agneau dépourvu de tout moyen de combattre, qui remporte la victoire. Là où l’incroyant est saisi de peur face aux épidémies, à la violence ou aux diverses catastrophes, qui menacent son existence, le croyant porte un regard de foi sur celui qui a donné sa vie pour nous. Il discerne dans l’épreuve une grâce de communion avec le Christ et chante avec l’Église du Ciel : « Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le Trône et à l’Agneau ! » Alors, l’auteur de la première épître de Saint Jean peut nous exhorter à ce regard de foi : « Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. » Dès aujourd’hui, nous sommes enfants de Dieu en Jésus-Christ, le Fils unique et bien-aimé du Père, dans l’attente du Jour où nous le verrons tel qu’il est. Le bonheur de pouvoir nous abandonner à l’amour du Père au sein des combats de ce monde est déjà une réalité puisque nous sommes ses enfants bien-aimés. Être fils ou fille, c’est en effet recevoir gratuitement sa vie d’un autre. Les situations angoissantes sont des moments privilégiés pour nous ouvrir au don de Dieu et expérimenter notre engendrement à la vie divine dans la foi, l’espérance et l’amour. Nous éprouvons alors comment l’amour du Seigneur nous garde dans la paix et guide nos pas dans la nuit de ce monde. Jésus plus que tout autre nous regarde dans cette lumière de foi : « Voyant les foules, Jésus gravit la montagne. » La vision est ici celle d’une multitude en attente d’un salut. Jésus a achevé sa première grande tournée à travers la Galilée. Sa réputation dépasse les frontières. Les gens viennent à lui de toutes les régions d’alentour afin qu’il guérisse les malades et délivre les possédés. Regardant cette foule, il voit des pauvres, des personnes en souffrance, mais aussi des doux et des pacifiques, des miséricordieux, des hommes et des femmes au cœur pur et assoiffé de justice. Depuis une hauteur, il proclame alors solennellement : « heureux serez-vous, car vos peines et vos combats se changeront en bonheur éternel, mais heureux êtes-vous déjà, vous qui avez un cœur de pauvre ! » Le bonheur promis est actuel pour tous ceux et celles, qui ne mettent pas leur confiance dans leurs compétences, leurs richesses ou leur pouvoir pour sauver leur vie, mais qui abandonnent entre les mains de Dieu le souci de leur salut. Être pauvre de cœur, c’est recevoir sa vie de Dieu comme un don immérité en consentant ainsi à être son enfant. Être pauvre de cœur, c’est faire confiance à la gratuité de son amour et à la fidélité de sa providence. Nous apprenons ainsi à recevoir de lui jour après jour la grâce d’une existence filiale. Jésus, le Fils unique et Bien-aimé, est le pauvre par excellence, qui se reçoit entièrement du Père. Il nous appelle à le suivre avec un cœur de pauvre sur le chemin de cette confiance filiale pour nous laisser engendrer à la paix, à la douceur, à la miséricorde, à la soif de justice, au désir de voir Dieu. A qui s’en remet ainsi à l’amour du Père, un bonheur paradoxal est donné au sein même des épreuves, voire des persécutions subies pour le Nom de Jésus. C’est un bonheur caché au plus profond du cœur dans l’attente de sa révélation au ciel. Heureux sommes-nous de pouvoir ainsi dans la foi plonger notre regard dans le mystère divin de toute vie. Heureux sommes-nous de pouvoir porter avec confiance et espérance notre regard vers le trône de Dieu et de l’Agneau pour proclamer avec tous les saints : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! »

Célébrant : Dans la situation dramatique actuelle, chargée de souffrances et d’angoisses qui tourmentent le monde, prions pour que l’esprit des béatitudes illumine le cœur de toute personne de bonne volonté.
 
Pour ceux et celles qui pleurent leurs proches décédés, pour les personnes malades privées de la compagnie de leurs proches pour éviter la contagion, pour ceux et celles qui sont dans l’angoisse en raison d’un avenir incertain et des conséquences pour l’économie et le travail, Seigneur nous te prions.
 
Pour les médecins, les infirmières, les travailleurs de la santé, les bénévoles qui, en cette période, sont à nouveau en première ligne et mettent leur vie en danger pour sauver d’autres vies, afin qu’ils gardent courage et force, Seigneur nous te prions.
 
Pour les dirigeants des nations afin qu’ils puissent travailler avec sagesse, sollicitude et générosité, en aidant celles et ceux qui manquent du nécessaire pour vivre, en planifiant des solutions sociales et économiques avec prévoyance et dans un esprit de solidarité, Seigneur nous te prions.
 
Pour les nouvelles victimes du terrorisme et pour ceux que le fanatisme aveugle, pour que l’esprit de paix et de dialogue l’emporte face à la peur et au désir de vengeance, Seigneur nous te prions.
 
Pour nous tous, afin que nous vivions ce temps avec un cœur de pauvre dans la solidarité et l’attention aux plus faibles afin que cette épreuve nous fasse grandir en ton amour, Seigneur nous te prions.
Célébrant : Dieu notre Père, exauce nos prières, afin que la confiance l’emporte sur la peur et l’amour sur la haine, nous te le demandons par Jésus-Christ ton Fils bien aimé en qui nous sommes tes enfants, pour les siècles des siècles. Amen
Fr. Olivier-Marie Rousseau, ocd - (couvent d’Avon)