L’appel évangélique à l’unité (Homélie 7° dim. Pâques)

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année C) : Ac 15, 1-2.22-29 ; Ps 66 (67) ; Ap 21, 10-14.22-23 ; JJn 14, 23-29

En ce beau jour de rencontres et de fête organisé par la municipalité d’Avon, il est bon d’entendre l’appel évangélique à l’unité qui rejoint nos aspirations profondes et pour laquelle, d’une certaine manière, les trois « justes » d’Avon ont payé de leur vie. Pourtant, l’approche de notre liturgie est – comme souvent – autre. Depuis l’Ascension et tout au long de l’intense neuvaine qui nous conduira à la Pentecôte, elle nous fait attendre. Non comme une personne capricieuse qui montre ses prérogatives en se faisant attendre mais en nous apprenant à attendre, à espérer, à implorer la venue de l’Esprit Saint. Expérience spirituelle fondamentale de désir, de dépouillement, d’enracinement et de discernement, telle est la prière. Pour l’aviver en nous, la liturgie de la Parole montre trois figures de priants : Etienne qui voit, Jean qui entend et – matrice de la prière chrétienne – Jésus qui dialogue avec son Père. Cela me suggère quatre caractéristiques de la prière. La première est fondamentale. La prière ne consiste pas d’abord à implorer des faveurs comme on le ferait avec une personne capricieuse, encore elle, qu’il faudrait amadouer mais elle fait partie de la vie même de Dieu. Prier consiste à entrer dans le mouvement de la grâce, cet échange du Père et du Fils où la théologie voit justement l’Esprit-Saint. La prière se modèle dès lors sur celle de Jésus et modèle notre existence à la sienne. Etienne va ainsi mourir comme Jésus, remettant son Esprit et pardonnant à ses persécuteurs. Dans sa grande prière adressée au Père, Jésus implore l’unité de ses disciples : « comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi ». Ensuite, deuxième et troisième caractéristiques, la prière est à la fois l’expérience d’une rencontre du Dieu vivant et celle d’une espérance de sa venue. Etienne voit la gloire de Dieu selon même ce qu’avait demandé Jésus : « je veux que là où je suis ils soient eux aussi avec et qu’ils contemplent ma gloire ». Mais Dieu demeure le tout Autre que, selon les Ecritures, « on ne peut voir sans mourir ». Jean implore ainsi la venue de celui dont il a entendu la voix : « Amen ! Viens, Seigneur Jésus ! » et ce paradoxe est encore plus marquée encore à la Pentecôte où accueillir l’Esprit Saint consiste à implorer sa venue : Veni Sancte Spiritus ! Quatrième caractéristique, la prière avive et affermit la relation avec autrui : si la prière est désir de Dieu, elle est aussi celui du meilleur pour le prochain. Etienne souhaite le pardon de ses ennemis, Jean exprime un appel au bonheur et Jésus implore l’unité de ses disciples afin que le monde sache l’amour de Dieu. Prier ne consiste pas à garder la tête dans les nuages comme les anges le reprochèrent aux témoins de l’Ascension. Pour le dire autrement pas de mystique sans politique : de mystique authentique et de noble politique, faut-il préciser. Le Père Jacques en est un témoin éloquent. Au jour du 74e anniversaire de sa mort, implorer l’Esprit-Saint n’est-il pas lui rendre hommage ? Appel mystique et politique à se laisser dépouiller car l’unité à laquelle nous aspirons est au-delà de notre portée mais un don de l’Esprit à accueillir. Et pour accueillir le Père des pauvres, il s’agit de devenir pauvre, devant Dieu et devant les hommes. Appel donc aussi à l’humilité. L’Eglise se réjouit des témoins de l’évangile qui, à toutes les heures de l’histoire, ont défendu la grandeur de l’homme au nom de Dieu. Elle sait aussi ses failles, tous ceux qui ont défailli voire davantage et toutes nos médiocrités. Appel à l’espérance comme mémoire de l’avenir : vers là portent les commémorations véritables. Un des trésors que notre expérience de foi a aujourd’hui à partager est sans doute notre attente. Pauvreté et espérance, telles sont les conditions pour laisser rayonner la gloire qui nous attire et affleurer la source qui nous abreuve. Le colonel André, figure notoire de la Résistance mais d’obédience notoirement différente de celle du père Jacques témoigna qu’il allait rencontrer ce dernier comme on va boire à une source. Celle qui affleurait en lui, c’était sa prière, son imploration de l’Esprit : « celui qui le désire, qu’il reçoive l’eau de la vie gratuitement ». Que ce jour donne de nous y désaltérer et de nous en réjouir !

Fr. Guillaume Dehorter, ocd Avon - (Couvent d’Avon)

* Homélie en lien avec la fêtes des justes à Avon

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