Textes liturgiques (année A) : Ac 6, 1-7 ; Ps 32 (33) ; 1 P 2, 4-9 ; Jn 14, 1-12

«  Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas Philippe ! ». Ce constat de Jésus face à la question posée par Philippe : «  Seigneur montre-nous le Père ; cela nous suffit.  » résonne à nos oreilles ce dimanche pascal. Mais cette interpellation n’est-elle pas au cœur, au centre de notre démarche de foi ? Car qui est Jésus pour nous ? Est-ce que je peux voir Dieu à l’œuvre quand je regarde Jésus marchant sur les routes de Palestine, s’arrêtant ici ou là, lorsqu’Il pressent qu’une rencontre est possible. Qu’importe la situation morale, sociale ou religieuse de celle ou de celui qu’Il rencontre : à tous, à chacun, Jésus offre sa Présence, sa Vie. Il est bien le Chemin, la Vérité, la Vie.

Pour nous aider à recevoir aujourd’hui cette page d’Évangile, je me suis souvenu d’un texte lu il y a quelques semaines et qui a imprimé en moi questions et réflexions. Aussi je me permets de vous en donner un écho qui pourrait nous aider à recevoir et à découvrir l’aujourd’hui de la beauté de Jésus, de la force de son message. C’est l’histoire d’un homme face à un crucifix qu’il découvre dans un musée à Florence. Ce crucifix a une histoire, permettez-moi de vous en partager un court récit donné par notre homme :

« Ce crucifix a une histoire. Il avait été commandé par les moines du couvent de San Spirito. Il y est resté chez eux jusqu’aux guerres napoléoniennes. Et il a disparu sans laisser de traces. Voilà une quarantaine d’années, une scientifique allemande est partie à sa recherche. En farfouillant dans les caves et grenier du couvent, elle a enfin découvert le crucifix tant recherché au rancart. Il était peint et repeint, transformé, abîmé. Aussi a-t-elle emprunté le crucifix pour le nettoyer, mieux le restaurer. Elle a gratté, nettoyé, décapé les ajouts sacrilèges. Et le crucifix a retrouvé sa pureté, et sa beauté d’origine. Splendide. Vrai. On l’a mis dans ce musée. Où il est seul, silencieux, ignoré. On ne prie plus devant lui, on l’ignore comme un mort oublié…Qu’est-ce que tu fais là ? Pourquoi le crucifix sans fard, mais revenu à sa beauté originelle, est-il maintenant au musée ? Pourquoi tous les autres sont-ils revêtus d’oripeaux, de draperies, de rajouts infidèles ?  » . Ainsi se termine son commentaire.

Chacun recevra ce texte avec toute son histoire, sa sensibilité, son parcours de foi. Mais nul, me semble-t-il, ne peut rester insensible. Qu’ai-je fait, qu’avons-nous fait de Jésus tout au long de ces années de cheminement de foi ? Ne serions-nous pas de ceux qui, à certaines occasions de notre parcours de foi, avons « encombré » la beauté de Jésus, Fils du Dieu vivant ? Sommes-nous restés fidèles aux Évangiles, nous nourrissant de sa Parole ? Avons-nous laissé l’Esprit-Saint imprimer en nous depuis notre baptême les traits du visage de Jésus, son visage de Ressuscité, son visage de l’au-delà, de l’éternité ?

Chaque parole d’évangile écoutée, savourée, assimilée imprime son image plus fidèlement dans notre cœur. Chaque parole de Jésus se projette en dessin et en couleurs dans nos profondeurs, là où son visage devient toujours mieux identifiable à nos yeux, mais aux yeux de notre cœur uniquement. Car nous pouvons fonder notre espérance sur cette parole que Matthieu nous a transmise à la fin de son Évangile : « Et moi, dit Jésus, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. » (Mt 28,20).

Alors dans la beauté de l’homme, mais aussi dans ses laideurs, ses pauvretés, ses détresses, dans les humbles et les oubliés de l’histoire et les plus petits ou fragiles de notre société, Jésus est là. Il est là, présent à notre vie. Il est là, invisible à nos yeux de chair trop tournés vers nous-mêmes et toute notre histoire, comme Il était là marchant avec ces deux hommes horrifiés par ce vendredi saint sur la route d’Emmaüs et incapables de le reconnaître dans un premier temps à l’auberge. La fraction du pain les illuminera enfin. Il est là, Jésus. Mais allons-nous l’inviter à rester avec nous, à s’asseoir à notre table ? Là, chacun de nous répondra.

Mais n’y aurait-il pas pour tous un décapage à entreprendre pour retrouver la beauté du Fils de Dieu, enfant du Père bien-aimé que Marie a mis au monde ? Oserions-nous affirmer notre pauvreté face à sa connaissance et nous laisser enseigner ?

Jésus frappe à notre porte et s’invite chez nous, comme il s’est invité chez Zachée et tant d’autres, et dont les évangiles nous parlerons cette semaine. N’y aurait-il pas pour chacun nous un temps à offrir à Dieu pour une nouvelle rencontre avec Jésus, débarrassé enfin de tout ce qu’il n’est pas ?

« Moi, je suis le Chemin, la Vérité, la Vie  », dit Jésus : veux-tu me recevoir ?

Fr. Didier-Joseph, ocd - (couvent d’Avon)