Textes liturgiques (année C) : Lc 19, 28-40 ; Is 50, 4-7 ; 21 (22) ; Ph 2 6-11 ; Lc 22, 14 – 23, 56 ;

Le mal serait-il la seule issue à notre humanité ? Du mal, encore du mal, on ajoute du mal au mal ? Les textes de la liturgie depuis dimanche dernier nous montrent combien la tension monte, le temps s’assombrit, le mal semble augmenter son emprise, l’issue parait comme inéluctable. N’y aurait-il pas alors comme une sorte de fatalisme dans l’Évangile de ce jour et parfois aussi dans nos vies ? N’assiste-t-on pas aussi dans notre société, notre civilisation occidentale, à une « banalité du mal » ?

Ainsi, 2000 ans après, ne serions-nous pas tentés nous aussi par une sorte de fatalisme devant le mal à l’œuvre dans notre humanité jusqu’en nous-mêmes, ne sommes-nous pas trop prompts à nous en excuser, à nous donner des circonstances atténuantes, un peu trop vite ? Le XXe siècle a excellé dans la barbarie et les génocides de tous genres jusqu’à la fin : rappelez-vous dans les années 90 le Rwanda, vous me direz c’est loin de chez nous, mais aussi il y a eu à la même période la Bosnie ; malheureusement le XXIe siècle semble continuer sur cette lancée (les Rohingyas en Birmanie), nous aimerions tous que la liste s’arrête ici…

Encore et toujours, que ce soit à l’extérieur de l’Église comme à l’intérieur, que ce soit un président, un dictateur, un Évêque, un prêtre ou un laïc, on voit combien le pouvoir, le mal nous corrompt, nous fait perdre notre humanité, vient changer notre regard sur le monde, sur les gens pour les transformer en des vulgaires objets de jouissance. Regardons aussi nos textes d’Évangile : la foule versatile, elle vient de l’acclamer, n’avons-nous pas chanté tous en chœur : « Hosannah, Hosannah » et puis nous venons tout juste d’entendre le récit de la Passion où cette même foule va réclamer sa mort : « Crucifie-le, crucifie-le… » Pour qui sait instrumentaliser une foule voire manipuler une opinion, les chemins de traverses sont nombreux.

« C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal » nous affirme Hannah Arendt, si nous n’avons rien à proposer, si notre espérance est morte, si nous baissons les bras, nous livrons alors notre cœur au mal. Non, nous ne pouvons pas rester les bras croisés devant ce mal, devant cette haine qui se déchaîne. Non, nous ne pouvons pas être des spectateurs passifs qui assistent à la scène comme au spectacle et se rendent complice.

Oui, nous entrons de plein pied dans la Semaine Sainte et l’oraison de la messe nous a fait prier ainsi : « Accorde-nous cette grâce de retenir les enseignements de sa Passion ». Oui, ce qui se passe devant nous, cette bien notre humanité, la nôtre, la vôtre, la mienne, lorsque le Christ meurt pour nos péchés, c’est bien pour mes péchés, les miens. Sur la Croix, il est là pour moi, il regarde chacun de nous et il espère en nous. Saint Augustin dans le livre X des Confessions nous rappelle qu’« Il y a encore un peu de lumière dans l’humanité. Qu’elle marche, qu’elle marche de peur que la nuit ne s’empare d’elle ». Alors oui, marchons vers cette lumière, la lumière de Pâques, suivons le Christ dans sa Passion pour avoir part à sa Résurrection, laissons-nous transformer par l’amour de Dieu, laissons entrer sa lumière. Amen.

Fr. Christophe-Marie - (couvent d’Avon)