Textes liturgiques : 2 S 7, 4-5a.12-14a.16 ; Ps 88, 37a ; Rm 4, 13.16-18.22 ; Mt 1, 16.18-21.24a ; Lc 2, 41-51a

« Les personnes d’oraison devraient toujours s’attacher à [saint Joseph] (…). Que ceux qui ne trouvent pas de maître pour leur enseigner l’oraison prennent ce glorieux saint pour maître, et ils ne s’égareront pas en chemin. » (Vie 6,7) Cette recommandation de sainte Thérèse d’Avila est-elle simplement le fruit d’une dévotion personnelle ou le besoin de trouver un père de substitution ? Comment peut-on donc comprendre l’attachement si profond de la fondatrice de tant de monastères portant le nom de ce « glorieux patriarche » ? En quoi saint Joseph est-il un guide pour la vie intérieure ?

En méditant les deux passages évangéliques proposés par la liturgie de ce jour, une piste peut s’esquisser : Joseph est quelqu’un qui cherche. Chez Matthieu, Joseph cherche à répondre à la hauteur d’un évènement troublant : la grossesse imprévue de Marie. Faut-il la dénoncer publiquement ou la répudier ? Chez Luc, Joseph, avec Marie, cherche Jésus qui a disparu après la pâque. Joseph cherche Dieu et comment vivre selon sa loi. Et dans ces deux passages évangéliques, Joseph est appelé à chercher Dieu là où il ne le pensait pas. Il cherchait Dieu dans ses projets, ce projet de répudier Marie en secret. Mais Dieu n’était pas là… Il cherchait le jeune Jésus avec Marie « parmi leurs parents et connaissances ». Mais Dieu n’était pas là non plus. Dieu n’est jamais là où on l’attend. Tout d’abord, il n’est pas dans nos petits projets bien ficelés : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, dit le Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. » (Is 55, 8-9) Joseph a donc dû renoncer à son projet de répudiation, pourtant tout à son honneur, afin de trouver Dieu. Par ailleurs, Joseph a découvert que Dieu n’est pas non plus dans ce qui nous est familier et proche, dans nos connaissances, ce qui nous est connu. C’est un des refrains de la Montée du Carmel : Dieu n’est pas comme nous ; il n’est pas à chercher dans ce que nous savons de Lui mais plutôt dans ce que nous ne savons pas, dans le non-savoir, toute science suspendue.

Saint Joseph a vécu ce chemin ; et ce, grâce à la Parole de Dieu. Dans chacune des deux situations, une parole lui permet de passer de son projet à celui de Dieu et de ce qui est connu vers l’inconnu. L’ange du Seigneur lui apparaît en songe et l’invite à faire confiance au mystérieux projet de Dieu. Jésus pose une parole tranchante dans le Temple pour lui rappeler sa mission divine auprès du Père des cieux. Deux paroles acérées qui expulsent le croyant de ses certitudes pour chercher Dieu ailleurs, même si, comme Joseph, nous ne comprenons pas bien ce que Dieu nous dit. Dans l’oraison, saint Joseph est là comme un guide expérimenté  : il nous aide à aller de l’avant avec persévérance, à traverser l’obscurité du quotidien. L’important n’est pas de maîtriser ses projets et de comprendre à force de penser ; dans l’oraison, l’important est de chercher beaucoup en aimant et d’aimer en cherchant. Le vrai visage du Père est toujours au-delà de nos projections infantiles.

Prenons donc saint Joseph comme maître d’oraison. Lui qui était familier du silence nous apprendra discrètement à persévérer avec détermination dans notre recherche de Dieu. Que sa protection nous accompagne toujours. Amen

Fr. Jean-Alexandre de l’Agneau, ocd - (couvent d’Avon)