Textes liturgiques : Is 7, 10-14 ; 8, 10 ; Ps 39 (40) ; He 10, 4-10 ; Lc 1, 26-38

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BALDOVINETTI Alessio (Annonciation)

« Voici qu’Élisabeth ta cousine a conçu elle aussi ». La beauté des textes bibliques de ce jour laisse transparaître un jeu, un tissage entre des couples de mots : jeunesse-vieillesse, stérilité-fécondité du sein desquels un mot fédérateur jaillit avec force : la joie ; non pas uniquement la joie d’une naissance (ce qui est déjà très grand), mais bien plus encore, à travers cette naissance, l’émergence d’une Joie sans mesure pour l’humanité : l’Annonce heureuse d’une Bonne Nouvelle ! La venue d’un Sauveur !

Et nous le constatons (avec la distance des siècles) : en ondes successives, la Joie du Salut se répand pour atteindre, un jour, jusqu’aux extrémités du monde («  jusqu’aux îles lointaines  », dirait le psaume 64, 6).

Ainsi, la semence de vie (déposée par l’Esprit Saint) et reçue par Marie en son sein n’est pas destinée à rester seule, sans avenir (de croissance)… ; et déjà se met en mouvement un processus de propagation et de germination qui s’étendra à toute l’humanité ! Contagion de la Vie, non de la mort, à l’inverse d’un virus dangereux / mortel.

Une des premières touchées par ce Souffle de vie a été Élisabeth (cousine de Marie) qui jusque-là avait vieilli dans la stérilité (comme nombre de femmes citées dans la Bible : Sarah, la mère d’Isaac ; Anne, la mère de Samuel en 1 S 1, 12-15 …).

Élisabeth, en mettant au monde Jean-Baptiste, appelé à juste titre « le Précurseur », prépare immédiatement la venue du Sauveur, et sa fécondité maternelle et miraculeuse est liée directement à ce qui se prépare en secret, et en silence dans le cœur de Marie.

En fait, l’Esprit de Dieu, « en couvrant de son Ombre » la Vierge Marie, a commencé à renouveler et à féconder l’humanité toute entière. C’est le début de la mise en mouvement du grand « Dessein bienveillant de Dieu » (Ep 1, 9) qui veut sauver le monde par l’Incarnation de son Fils (le Verbe) : Incarnation qui s’épanouit ensuite en adoption (filiale), en filiation (fils dans le Fils), pour restaurer en nous la ressemblance initiale avec Dieu, abîmée par le péché (et produire la divinisation de l’homme par l’action de l’Esprit). Le baptême dans le Christ ressaisit tout cela, visibilise ce Dessein de Dieu désormais accompli (abouti).

En effet, aujourd’hui, nous tous, baptisés, nous savons que chaque visage, chaque être humain est destiné à devenir le Temple de l’Esprit, et à passer : de la stérilité du péché à la fécondité de l’Esprit (notons d’ailleurs que l’évangile de ce jour nous montre que, tant pour Marie que pour Élisabeth «  rien n’est impossible à Dieu »).

En vérité, l’aventure humaine et spirituelle d’Élisabeth est la nôtre : elle en est comme l’annonce, les prémices (après l’Immaculée Marie, bien sûr). La merveilleuse germination qui s’accomplit en Élisabeth (Jean-Baptiste en son sein), s’origine dans le mystère de la Salutation de l’Ange Gabriel à Marie (même si elle la précède de six mois dans le temps).

Oui, mesurons combien tout commence là : « le Verbe se fait chair  » (en Marie) et dès cet instant, le corps de l’humanité entière en reçoit un ébranlement, un souffle, une lumière heureuse qui propage la Vie (de Dieu) de peuples en peuples, de générations en générations. Si aujourd’hui même quelque chose de la Paix de Dieu, de la Bonté de Dieu habite notre cœur, si l’Espérance tenace, « déterminée » en un monde meilleur donne sens et joie à notre existence, c’est à ce premier instant de l’Annonciation que nous le devons : Le Feu d’Amour et la Lumière du Ciel ont été apportés sur terre par l’Ange (vecteur de la Parole vivante et brûlante de Dieu, et sa parole nous illumine encore. Et ensuite, c’est par Marie, dans le « OUI » de Marie (réceptrice de la Parole du Dieu Vivant), que l’humanité la reçoit encore et en est vivifiée, fécondée pour l’éternité.

Oui, en cette solennité de l’Annonciation, bien simplement, rendons grâce au Seigneur uniquement pour ce moment sans précédent qui donne de voir Dieu « faire son Entrée dans le monde » en vue de le visiter, le renouveler, le vivifier, le restaurer, le transformer, et cela, grâce au consentement de Marie, qui porte et met au monde le Fils, le Sauveur des hommes. AMEN.

Fr. Gérard-Marie de la Trinité, ocd - (couvent d’Avon)